EN BREF
John Burke, à la tête de Trek, reconnaît que l’entreprise a été « trop agressive » sur les stocks après le boom du vélo de la pandémie. Trek a coupé de moitié les commandes passées par ses détaillants, quand il aurait fallu, dit-il, les réduire de 75 %. La marque américaine, qui fête ses 50 ans, a connu plusieurs vagues de licenciements, dont une en octobre. Burke juge les droits de douane américains « brutaux », mais assure que l’activité de Trek est aujourd’hui nettement plus importante qu’avant le Covid.
L’entretien, diffusé le 27 octobre, devait marquer les 50 ans de Trek. L’entreprise de Waterloo, dans le Wisconsin, a été cofondée en 1976 par le père de John Burke et Bevil Hogg. À l’époque, raconte-t-il, Trek est né des vélos de randonnée, pour rouler loin. Aujourd’hui, affirme Burke, Trek vend plus de vélos hors des États-Unis que sur son marché d’origine. « Si vous m’aviez demandé en 1984 si Trek deviendrait un jour une marque internationale, j’aurais répondu non », s’amuse-t-il.
Trek face aux stocks hérités du boom
Les années Covid ont été, raconte John Burke, « de loin les meilleures de l’histoire de Trek ». La suite l’a été beaucoup moins : la demande a chuté, les délais d’approvisionnement étaient longs et Trek s’est retrouvé avec beaucoup de stock. « Toute l’industrie avait beaucoup de stock, et il faut alors s’ajuster », rappelle-t-il.
Interrogé sur ses regrets, il n’esquive pas. « Nous avons pris beaucoup de bonnes décisions, mais nous avons clairement été trop agressifs côté stocks », admet-il. Trek a coupé de moitié les commandes de ses détaillants, explique-t-il, alors qu’il aurait fallu les réduire de 75 %. La leçon qu’il en tire tient en une phrase : « Ne regardez pas les commandes de vos détaillants, regardez ce qui se vend réellement en magasin. »
Après la pandémie, la bulle du vélo a éclaté, laissant Trek dans le rouge certaines années, et l’entreprise de Waterloo a procédé à plusieurs vagues de licenciements, dont une en octobre. John Burke ne s’étend pas sur la suite. Il fait valoir que les effectifs de Trek restent « bien plus élevés » qu’avant le boom, tout en reconnaissant qu’« il est bien plus difficile de réduire que d’augmenter ».

Des droits de douane dont la règle change sans cesse
Sur les droits de douane, le ton se durcit. « C’est brutal : on ignore à quoi on joue, et les règles changent tout le temps », lâche-t-il. Et il vise ceux qui les fixent : « Ceux qui prennent les décisions ne comprennent manifestement pas les détails du marché du vélo, et ce n’est pas bon pour le consommateur. »
Se décrivant comme indépendant, ni démocrate ni républicain, John Burke estime que les États-Unis ont gaspillé une partie de leur capital moral en malmenant leurs partenaires à coups de droits de douane. Il oppose à cette méthode une devise maison de Trek : « Make some friends » (faites-vous des amis).
Plus gros qu’avant la pandémie, malgré tout
Malgré la gueule de bois, John Burke affirme que l’activité de Trek est aujourd’hui « nettement plus importante » qu’à l’entrée dans la pandémie. Sa feuille de route mise sur une chaîne d’approvisionnement « à la Toyota », des détaillants « compétents et engagés » et un accueil soigné des clients. Son diagnostic pour la suite reste à double tranchant : « Les opportunités n’ont jamais été aussi grandes, et les menaces extérieures n’ont jamais été aussi fortes. »
Pour le demi-siècle à venir, il formule un vœu d’anniversaire : que Trek « contribue davantage à aider le monde » que durant ses 50 premières années.







