EN BREF
L’Association transports et environnement (ATE) a publié le 20 septembre un sondage réalisé par DemoSCOPE auprès de 1 009 personnes en Suisse : 52 % d’entre elles jugent que la distance à laquelle les voitures dépassent les vélos en ville pose problème, et 57 % se disent favorables à l’inscription dans la loi d’une distance minimale de 1,5 mètre. Le soutien monte à 72 % chez les personnes qui roulent régulièrement à vélo, et plus de la moitié des automobilistes y sont également favorables. L’association s’appuie aussi sur ses propres mesures, réalisées avec la Haute école spécialisée de Suisse orientale : sur plus de 5 000 dépassements enregistrés au capteur à ultrasons, la distance moyenne s’établit à 1,2 mètre et 79 % des manœuvres passent sous 1,5 mètre. Le droit suisse, lui, se contente aujourd’hui d’exiger « une distance suffisante », sans la chiffrer.
| Sondage | DemoSCOPE, sur mandat de l’ATE, août 2026 |
| Échantillon | 1 009 personnes en Suisse, dont 373 cyclistes réguliers |
| Jugent la distance problématique | 52 % |
| Favorables à 1,5 m dans la loi | 57 % (72 % chez les cyclistes réguliers) |
| Se sentent souvent en danger (routes à 50 km/h) | 57 % des cyclistes réguliers |
| Se sentent souvent en danger (zones 30) | 49 % |
| Mesure terrain (ATE / OST, sept villes) | plus de 5 000 dépassements sur environ 1 500 km |
| Distance moyenne mesurée | 1,2 m |
| Dépassements sous 1,5 m / sous 1 m | 79 % / 34 % |
| Accidents de dépassement voiture-vélo (2025) | 163, dont 146 avec victimes (ces 146 en hausse de 23 % sur 2016) |
En Suisse, la loi demande au conducteur qui double un cycliste de respecter « une distance suffisante ». Elle ne dit pas ce que cela représente en centimètres. L’Association transports et environnement (ATE) veut faire sauter ce flou et publiait, le 20 septembre, un sondage destiné à montrer que l’opinion la précède : une majorité de Suisses, cyclistes comme automobilistes, réclame un chiffre écrit noir sur blanc.
Une distance de dépassement que 57 % des sondés veulent inscrire dans la loi
L’enquête a été confiée à l’institut DemoSCOPE, qui a interrogé en ligne 1 009 personnes dans toute la Suisse au mois d’août. Selon le communiqué, 52 % des personnes interrogées considèrent que la distance à laquelle les voitures dépassent les vélos dans les villes suisses constitue un problème. Le second va plus loin, puisque 57 % se déclarent favorables à l’introduction dans la loi d’une distance minimale de dépassement de 1,5 mètre.
Sans surprise, la revendication est particulièrement soutenue par celles et ceux qui pédalent : l’ATE relève un taux d’adhésion de 72 % chez les personnes qui se déplacent régulièrement à vélo. Plus notable, le communiqué souligne que le soutien ne s’arrête pas aux guidons : plus de la moitié des automobilistes se prononcent eux aussi en faveur d’une distance minimale. Le communiqué du 20 septembre ne chiffre pas davantage cette dernière catégorie.
Le sondage mesure aussi le sentiment d’insécurité, et il désigne un coupable assez net : la vitesse autorisée. Parmi les 373 cyclistes réguliers interrogés sur ce point, 57 % disent se sentir souvent en danger lors d’un dépassement sur les routes limitées à 50 km/h. Dans les zones limitées à 30 km/h, la proportion retombe à 49 % — une amélioration réelle, mais qui laisse tout de même près d’un cycliste sur deux mal à l’aise.
Un capteur à ultrasons pour chiffrer ce que la loi ne chiffre pas
Le sondage vient compléter un travail de terrain que l’association avait rendu public un mois plus tôt, le 17 août. En collaboration avec la Haute école spécialisée de Suisse orientale (OST), l’ATE a mesuré la distance de dépassement dans sept villes suisses, à l’aide d’un vélo muni d’un capteur à ultrasons chargé d’enregistrer l’écart avec les véhicules qui le doublaient.
Le protocole a permis d’enregistrer plus de 5 000 dépassements sur environ 1 500 kilomètres. La distance moyenne s’établit à 1,2 mètre, en dessous du 1,5 mètre recommandé. Surtout, la distribution est parlante : 79 % des dépassements se sont faits à moins de 1,5 mètre, et 34 % à moins d’un mètre. Autrement dit, une manœuvre sur trois laisse au cycliste moins d’un bras d’écart.
Ces mesures donnent un cadre à un chiffre d’accidentalité que l’ATE tire de l’Office fédéral de la statistique. Selon l’Office fédéral de la statistique, cité par l’association, un accident de dépassement impliquant une voiture de tourisme et un vélo ou un vélo électrique s’est produit en 2025 presque tous les deux jours, la personne au volant étant identifiée comme principale responsable. Au total, 163 accidents de ce type ont été recensés. Parmi eux, 146 ont fait des victimes, soit une hausse de 23 % par rapport à 2016.
« Beaucoup trop floue » : ce que l’ATE demande au législateur
Pour l’association, le problème tient d’abord à la rédaction du droit en vigueur. « La sécurité lors des dépassements n’est pas une préoccupation qui concerne uniquement les cyclistes », explique Edward Weber, responsable de projet à l’ATE, dans le communiqué. Et d’ajouter, à propos de la règle actuelle : « La règle actuelle, qui exige simplement de respecter une « distance suffisante » et de faire preuve d’égards, est beaucoup trop floue. »
L’argument mis en avant est autant celui de la sécurité que celui de la lisibilité : une distance chiffrée donnerait aussi aux automobilistes une consigne claire, là où la notion de « distance suffisante » laisse chacun juge de sa propre marge. Sur sa page de campagne, l’ATE demande des infrastructures cyclables sûres, davantage de limitation de vitesse à 30 km/h et une distance minimale légale de 1,5 mètre lors du dépassement des cyclistes en localité, comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays européens selon l’ATE.
Dans son communiqué du 21 août, l’association écrivait déjà qu’« il est urgent que les Chambres fédérales corrigent cette lacune ». À ce stade, il s’agit néanmoins d’une revendication associative : ni les deux communiqués de l’ATE ni sa page de campagne ne font état d’une initiative parlementaire ou d’une pétition formalisée. Le repère de 1,5 mètre en localité, lui, est celui que l’association met en avant sur sa page de campagne comme la distance à faire entrer dans le texte.



