
EN BREF
Barcelone ne renouvellera pas les licences de sept opérateurs de vélos électriques en libre-service privés, dont Lime, Voi et Bird. À partir du 1ᵉʳ janvier 2027, leurs 3 478 vélos disparaîtront des rues. En cause : une « pagaille » de stationnement, avec 5 413 amendes infligées aux exploitants depuis janvier 2025. La mairie préfère renforcer son réseau public, le Bicing, qu’elle promet d’étendre. La Fédération européenne des cyclistes, elle, dénonce un recul pour la mobilité durable.
5 413 amendes depuis janvier 2025. Plus de 2 000 vélos enlevés des trottoirs. À Barcelone, les vélos électriques en libre-service de Lime, Voi et de cinq autres marques ont fini par lasser la municipalité. Plutôt que de reconduire leurs licences, le maire Jaume Collboni a choisi de les laisser expirer fin 2026. Résultat : à partir du 1ᵉʳ janvier 2027, ces sept opérateurs privés devront plier bagage.
Une « pagaille » chiffrée à 5 413 amendes
Quand la ville a réattribué les licences de ces systèmes privés fin 2024, elle l’a fait à une condition : que les exploitants contrôlent la manière dont leurs vélos étaient garés. Sur son site, Lime rappelle d’ailleurs que le stationnement dans les arceaux dédiés est obligatoire à Barcelone.
Dans les faits, la consigne n’a pas tenu. Selon les données publiées par la mairie, les sept sociétés ont écopé de 5 413 amendes depuis janvier 2025 — soit plus d’une amende et demie par vélo. La ville a par ailleurs enlevé 2 099 vélos mal stationnés, abandonnés sur des trottoirs étroits ou en travers de passages piétons, et reçu 4 443 plaintes de riverains. La plupart venaient des quartiers les plus touristiques.
« La ville doit protéger l’espace public », a tranché Jaume Collboni, du Parti socialiste de Catalogne, qui qualifie la situation de « pagaille ». L’élu assure avoir rencontré les opérateurs à plusieurs reprises : malgré leurs tentatives de « mettre de l’ordre », les problèmes ont persisté.

Le pari du Bicing, le réseau public
Plutôt que les vélos privés, la municipalité veut muscler son propre service. Lancé en 2007 et géré par la ville, le Bicing fonctionne sur abonnement et reste réservé aux résidents domiciliés en Catalogne — impossible, donc, de l’emprunter pour un touriste de passage. La mairie promet d’y ajouter de nouvelles stations et de nouveaux vélos.
Reste que le service public n’est pas exempt de reproches. Plusieurs stations seraient hors service depuis des semaines, et une partie du parc serait en mauvais état. L’extension annoncée devra donc commencer par remettre l’existant à niveau avant d’élargir la voilure.
Des vélos surtout pour les touristes
Un chiffre résume le malaise : seuls 10 % des vélos privés étaient utilisés par des habitants de Barcelone. Le reste, ce sont les touristes — ce qui explique la concentration des plaintes dans les zones les plus visitées. Selon la mairie, l’essor de ces vélos électriques en accès libre a aussi pénalisé les « solutions locales », comme les boutiques de location qui vivaient de cette clientèle.
La Fédération européenne des cyclistes s’inquiète
Tout le monde n’applaudit pas. À Bruxelles, le président de la Fédération européenne des cyclistes (ECF), Henk Swarttouw, s’est dit « très déçu ». Pour lui, écarter Lime et les autres revient à se priver d’une offre que le réseau public ne pourra pas compenser.
Cette décision va à contre-courant de ce qui se fait ailleurs en Europe et dans le monde, où les vélos en libre-service font de plus en plus partie intégrante d’une mobilité urbaine durable.
Henk Swarttouw, président de la Fédération européenne des cyclistes
Ses calculs : pour répondre à la demande des habitants et des visiteurs, Barcelone aurait besoin d’environ 12 000 vélos partagés, selon le Bicicleta Club de Catalunya — à peu près la somme des 8 000 vélos publics et des 3 500 vélos privés. En écartant ces derniers, la ville perdrait près d’un tiers de l’offre. À quelques semaines d’accueillir le Grand Départ du Tour de France, la capitale catalane se voit ainsi reprocher de tourner le dos à ses propres progrès en matière de mobilité douce.
Barcelone n’est pas un cas isolé
Le casse-tête du stationnement sauvage dépasse largement la Catalogne. À Londres, le quartier de Kensington and Chelsea a facturé plus de 210 000 livres de frais d’enlèvement et de stockage aux exploitants de vélos et trottinettes abandonnés depuis janvier 2025. Là encore, Lime arrive en tête, avec 1 624 vélos saisis et près de 144 000 livres d’amendes.
Au fond, le débat n’oppose pas vraiment vélo partagé et vélo public. Il pose une question plus simple : des opérateurs privés peuvent-ils, ou non, tenir leurs engagements sur l’espace public ? Faute de réponse convaincante, Barcelone a fini par trancher.