
EN BREF
Signée à la mi-janvier 2026 par le gouverneur Phil Murphy, une loi fait du New Jersey le premier État américain à imposer à la fois permis, immatriculation et assurance pour rouler en vélo électrique. Les usagers ont jusqu’au 19 juillet 2026 pour se mettre en règle. Le reproche des cyclistes : le texte traite de la même façon un vélo à assistance bridé à 32 km/h et une moto électrique bien plus rapide. Un large rassemblement devant le capitole de Trenton, plus de 2 100 courriers d’opposition et le ralliement de plusieurs élus réclament déjà sa révision.
La semaine dernière, une foule s’est massée devant le capitole de Trenton pour réclamer la révision, sinon le retrait, d’une loi qui doit s’appliquer pleinement le 19 juillet. Le texte, voté au nom de la sécurité après une série d’accidents impliquant des deux-roues électriques, soumet la quasi-totalité des vélos électriques du New Jersey à des obligations jusqu’ici réservées aux véhicules à moteur. Pour ses détracteurs, le problème n’est pas de réguler, mais de tout mettre dans le même sac.
Permis, immatriculation, assurance : ce que change la loi
Depuis le 19 janvier 2026, le New Jersey range les vélos électriques en deux familles. Les modèles à assistance au pédalage, dont le moteur se coupe à 32 km/h (20 mph), doivent désormais être immatriculés. Ceux qui disposent d’une poignée d’accélérateur et atteignent 45 km/h (28 mph) basculent, eux, dans la catégorie des « cyclomoteurs motorisés » : immatriculation et assurance obligatoires.
Dans tous les cas, il faut un permis. À partir de 17 ans, le permis de conduire classique suffit ; entre 15 et 16 ans, un permis spécifique est exigé ; en dessous de 15 ans, la conduite est tout simplement interdite. Le casque devient obligatoire à tout âge. Pour amortir le choc, l’État a prévu de ne pas facturer les frais d’examen, d’immatriculation et de permis la première année.
L’addition de ces obligations est inédite : le New Jersey est présenté comme le premier État américain à réunir permis, immatriculation et assurance pour le vélo électrique. Là où la plupart des États distinguent finement les types de vélos, celui-ci a choisi le filet le plus large.
Le même régime pour un vélo de ville et une moto électrique
C’est le cœur de la colère. Mettre un vélo à assistance, qui plafonne à 32 km/h, dans le même cadre qu’une moto électrique capable de tenir le rythme de la circulation revient, pour beaucoup d’usagers, à confondre deux objets que tout sépare. La distinction entre vélo électrique et « e-moto » est pourtant connue : les professionnels du secteur la rappellent depuis des années, même si les titres de presse rangent volontiers tout ce qui a deux roues et une batterie dans la même case.
Le contraste est net avec l’Europe. En France, un vélo à assistance électrique dont le moteur se coupe à 25 km/h reste un vélo aux yeux de la loi : ni permis, ni immatriculation, ni assurance obligatoire. Seuls les « speed bikes », bridés à 45 km/h, basculent dans le régime du cyclomoteur, avec plaque, assurance et casque. Le New Jersey, lui, étend des contraintes proches de celles du cyclomoteur jusqu’aux vélos les plus lents.

Une fronde qui déborde le cercle des cyclistes
L’opposition ne se limite plus aux passionnés. En quelques semaines, l’État a recueilli plus de 2 100 courriers contre la loi, et plusieurs élus se sont joints au mouvement, estimant qu’un vélo électrique lent est bien plus proche d’une bicyclette que d’une moto. Les associations, elles, croulent sous les appels de cyclistes qui ne comprennent ni ce que la loi exige d’eux, ni comment s’immatriculer. La confusion est devenue l’un des principaux griefs.
Les critiques pointent surtout les premiers concernés. Les plus pénalisés ne seront pas les conducteurs imprudents de motos électriques illégales, disent-ils, mais les salariés qui pédalent pour aller travailler, les livreurs et les familles qui transportent leurs enfants en vélo cargo. Plusieurs voix dénoncent une mesure qui frappera d’abord les ménages modestes et les travailleurs immigrés.
Le système de transport est tellement défaillant que le vélo électrique est devenu un moyen essentiel d’aller au travail, à l’école ou chez le médecin, et nos travailleurs immigrés vont être touchés. Nous voulons prévenir les accidents, mais il nous faut des lois équitables qui rendent le vélo électrique accessible, en particulier pour nos voisins noirs et latinos.
Ana Paola Pazmiño, directrice de Resistencia en Acción NJ
Un cas d’école pour la régulation du vélo électrique
Le paradoxe, c’est que beaucoup de défenseurs du vélo électrique réclament eux aussi un tour de vis contre les vélos électriques illégaux, capables de tenir le rythme du trafic. Leur reproche porte sur la méthode : répondre à ce problème en ajoutant des barrières à ceux qui pédalent pour aller travailler ou déposer leurs enfants.
À mesure que d’autres territoires affrontent la montée en puissance de ces engins, le New Jersey fait figure de test grandeur nature. On saura bientôt si une régulation aussi large améliore vraiment la sécurité, ou si elle se contente de freiner l’un des moyens de transport propres les plus accessibles.