EN BREF
La police londonienne a annoncé le 27 août faire passer de 5 à 25 machines sa flotte de Sur-Ron, des motos électriques légères engagées contre les vols de téléphone. Le communiqué de la Metropolitan Police et le maire Sadiq Khan les désignent tous deux par le mot « e-bikes » — soit, en droit britannique, une catégorie réservée aux vélos dont la puissance nominale continue du moteur est limitée à 250 W et l’assistance coupée à 15,5 mph. Sarah Hendrica Bickerton a reproché cet usage aux autorités, et road.cc rapporte que la BBC a rapidement corrigé son propre titre en « e-motorbikes ». Le même flou se paie au comptoir : une professionnelle du Cambridgeshire raconte que des propriétaires d’engins illégaux réclament des réparations et se montrent parfois agressifs quand son atelier refuse.
Un mot de quatre lettres, « bike », et deux objets que rien ne rapproche : d’un côté un vélo dont le moteur cesse d’aider à 25 km/h, de l’autre une moto électrique de trial. Au Royaume-Uni, deux affaires de cette semaine montrent que la confusion se paie au-delà du vocabulaire.
La police de Londres appelle « e-bikes » ses motos Sur-Ron
Le communiqué de la Metropolitan Police, publié le 27 août, s’intitule sans détour : « Met expands fleet of crime-fighting e-bikes to catch offenders » — la Met étend sa flotte de vélos électriques anticriminalité. Le texte annonce le passage de 5 à 25 machines, de marque Sur-Ron, déployées à Camden, Islington, Hackney, Tower Hamlets, Westminster, Kensington & Chelsea et Hammersmith & Fulham.
Le maire de Londres emploie le même terme. Sadiq Khan déclare dans ce communiqué que « la nouvelle flotte de e-bikes Sur-Ron de la Met envoie un message clair : Londres ne tolérera pas les comportements criminels ». La police estime par ailleurs que ce dispositif a contribué à faire baisser de « plus de 13 000 faits » les vols de téléphone sur un an dans la capitale, et précise que la flotte est financée par des « profits saisis sur la criminalité et réinvestis dans la police ». Louise Puddefoot, Deputy Assistant Commissioner for Frontline Policing, y voit « un outil puissant de plus pour garder une longueur d’avance sur les criminels ».
Un mot qui désigne autre chose en droit britannique
Le problème tient à ce que « e-bike » n’est pas un mot vague outre-Manche. Comme le rappelle road.cc, un vélo à assistance électrique légal y répond à une définition précise : puissance nominale continue de 250 W au maximum, assistance qui se coupe à 15,5 mph — environ 25 km/h — et aucune immatriculation. Les Sur-Ron de la police, eux, relèvent de la catégorie des motos : permis, immatriculation, assurance.
Sarah Hendrica Bickerton, enseignante en politiques publiques, a critiqué cet usage chez les autorités comme dans les médias, résumant selon road.cc que « des responsables qui devraient s’y connaître ne s’y connaissent pas », et estimant que ce flou « alimente la peur, l’incertitude et le doute autour des vélos électriques ». road.cc rapporte que la BBC, qui avait d’abord titré sur une flotte de « e-bike », a modifié « assez rapidement » son titre pour parler d’« e-motorbikes ». road.cc concède d’ailleurs une difficulté : Sur-Ron présente lui-même ses machines comme « the original e-bikes ».
Au comptoir, la confusion se règle en refus de réparation
Ce flou de vocabulaire n’occupe pas seulement les linguistes. Le même jour, road.cc relayait les propos tenus à la BBC par Carmen Orga, de Pell and Parker, la structure propriétaire de Richardsons Cycles — une enseigne qui exploite « six succursales dans le Cambridgeshire, à Peterborough, dans le Northamptonshire et le Norfolk ».
Elle décrit une scène devenue banale dans ses ateliers : « Si ces vélos électriques illégaux tombent en panne, ils attendent de nous que nous les réparions. Il arrive qu’ils deviennent agressifs quand nous refusons d’aider. » Et de préciser la position de l’enseigne : « Ils les apportent en magasin et pensent que nous devrions pouvoir tout réparer. Mais nous n’y touchons pas, car ils sont illégaux. » Selon elle, cette confusion pèse sur les ventes de vélos électriques conformes — ceux, précisément, que la loi autorise.
La demande politique suit. Toujours d’après road.cc, le député travailliste de Peterborough Andrew Pakes a appelé le gouvernement à combler le vide juridique en interdisant la vente des vélos électriques illégaux et des kits de conversion. Un chantier qui se heurtera au même obstacle que le reste du dossier : tant que le même mot désignera l’engin visé et celui qu’on cherche à protéger, la frontière restera difficile à faire respecter — y compris, cette semaine, dans les communiqués officiels.



