
EN BREF
Deux entreprises travaillent en parallèle à imposer l’airbag dans le cyclisme professionnel. Van Rysel (Decathlon) dévoile le Projet AIRBAG, un skinsuit de course avec airbag entièrement intégré développé avec le spécialiste In&motion : déploiement en 60 ms, IA entraînée sur 450 millions de kilomètres de données, poids total environ 700 g. Pendant ce temps, la startup belge Aerobag vient de lever des fonds auprès de Fundracer — le fonds fondé par Gérard Vroomen (cofondateur de Cervélo) —, avec des livraisons aux équipes pros annoncées dès le 2e trimestre 2026. Les deux approches partent du même constat : selon Van Rysel, environ 20 % des coureurs WorldTour subissent une fracture par saison.

Van Rysel avance le chiffre de 1 300 fractures en compétition professionnelle sur les six dernières années, avec des taux de blessures qui progressent d’année en année à mesure que les vitesses augmentent. Ce chiffre, Jocelyn Bar, chef de produit chez Van Rysel, ne veut plus l’accepter comme une fatalité : « Derrière chaque dossard, il y a un être humain. Ce que les casques représentaient il y a 20 ans, nous pensons que l’AIRBAG peut le représenter aujourd’hui. »
En quelques mois, deux entreprises très différentes ont pris position sur le même pari : adapter la technologie airbag au cyclisme. L’une est une grande marque, l’autre une startup. Leurs approches ne se ressemblent pas, mais leur diagnostic est identique.
Van Rysel : un skinsuit pensé avec l’airbag, pas autour
Le Projet AIRBAG de Van Rysel n’est pas un gilet de protection qu’on enfile par-dessus sa tenue. C’est une combinaison de course complète — un skinsuit — dont l’airbag fait partie intégrante depuis la première couture. La marque vélo de Decathlon s’est associée à In&motion, dont la technologie équipe des pilotes de MotoGP depuis 2016, et aux aérodynamiciens de Swiss Side pour co-développer l’ensemble.
Avec ou sans airbag, le coureur doit ressentir exactement la même chose. C’est ce qui a guidé chaque décision — aérodynamisme, thermorégulation, poids, absolument tout.
Maxime Dezoomer, ingénieur chez Decathlon
Le poids annoncé est d’environ 700 grammes au total, dont 500 grammes pour le composant airbag seul. À titre de comparaison, les systèmes MotoGP équivalents atteignent environ un kilogramme pour le seul airbag. La combinaison intègre également des matériaux résistants à l’abrasion dans les zones d’impact typiques, pour limiter dermabrasions et blessures cutanées en complément.

60 millisecondes, 450 millions de kilomètres de données
Le défi commun aux deux approches est la détection : un freinage d’urgence ou un passage de bord de route ne doit pas déclencher l’airbag ; une vraie chute doit le faire avant l’impact. Le système d’In&motion embarqué dans le skinsuit Van Rysel analyse la dynamique du coureur 1 000 fois par seconde, en s’appuyant sur des algorithmes entraînés sur 450 millions de kilomètres de données issues du MotoGP et du ski. Déploiement en 60 millisecondes.
Avec AIRBAG, nous apportons pour la première fois cette intelligence au cyclisme, permettant une détection ultra-rapide et hautement fiable, adaptée aux dynamiques uniques de la course sur route.
Rémi Thomas, PDG d’In&motion
Les trois zones protégées ont été définies à partir d’analyses biomécaniques et d’études épidémiologiques des accidents cyclistes : le thorax et la cage thoracique, la zone cervicale pour prévenir l’hyperextension du cou, et l’intégralité de la colonne vertébrale. La combinaison est actuellement en phase de validation finale avec des coureurs professionnels des équipes Decathlon CMA CGM et Van Rysel Roubaix.

Aerobag : une startup belge avec des investisseurs de poids
Dans le même temps, la startup belge Aerobag a convaincu Fundracer d’entrer à son capital. Fundracer est un fonds d’investissement spécialisé en micro-mobilité fondé par René Wiertz, Gérard Vroomen et Andy Ording — Vroomen étant le cofondateur de Cervélo et du Cervélo TestTeam. La prise de participation est minoritaire ; le montant exact reste confidentiel.
La sécurité est l’un des axes prioritaires de Fundracer, et Aerobag représente un pas en avant majeur pour l’industrie du cyclisme. J’ai travaillé de nombreuses années avec des équipes professionnelles et je sais à quel point une meilleure protection est critique — trop de courses sont gâchées par des chutes et les blessures qui s’ensuivent.
Gérard Vroomen, cofondateur de Cervélo et associé fondateur de Fundracer
L’approche d’Aerobag repose elle aussi sur l’intelligence artificielle pour reconnaître les scénarios de chute en temps réel. Bert Celis, fondateur et PDG de la startup, résume l’ambition : « C’est fou qu’on envoie des coureurs pros dans les descentes et des cyclistes du quotidien dans la circulation avec presque aucune protection. » Les détails techniques du système — vitesse de déploiement, zones couvertes, poids — n’ont pas encore été rendus publics.
Des calendriers qui se télescopent
Côté Aerobag, René Wiertz annonce des livraisons aux équipes professionnelles dès le 2e trimestre 2026, puis un accès aux particuliers au 3e trimestre. Côté Van Rysel, la combinaison est encore en « phase de validation finale » avec les équipes partenaires avant une éventuelle entrée en course. Ni date confirmée, ni prix communiqué.
Les deux entreprises affichent la même ambition à long terme : commencer par le peloton pro, puis descendre vers les amateurs et les cyclistes urbains. Le même chemin que celui des casques — qui ont mis des décennies à devenir universels, et que personne ne remet plus en question.