Le Royaume-Uni engage 4,5 milliards de livres pour le vélo et la marche

Piste cyclable protégée, séparée de la circulation, à Stratford dans l'est de Londres
Une piste cyclable protégée à Londres (Cycle Superhighway 2, Stratford). Photo : Spsmiler / Wikimedia Commons (CC0)

EN BREF

Le ministère des Transports britannique a remis au Parlement son troisième rapport sur la stratégie nationale vélo et marche (CWIS). À la clé : 4,5 milliards de livres (un peu plus de 5 milliards d’euros) pour aider les collectivités anglaises à développer les mobilités actives, avec un cap fixé à 2035 — 55 % des trajets courts en ville effectués à pied ou à vélo. Le même rapport dresse le bilan du plan précédent, et il est sévère : l’objectif de doubler le vélo d’ici 2025 ne sera pas atteint. Détail frappant, la pratique progresse surtout chez les moins de 17 ans et les plus de 40 ans, mais recule nettement chez les 17-39 ans.

Le document s’est fait attendre. Prévu pour le début 2025, il a glissé d’un an — le temps d’absorber les élections législatives britanniques de l’été 2024, puis la revue des dépenses publiques qui a suivi. Le troisième rapport sur la Cycling and Walking Investment Strategy (CWIS) a finalement été remis au Parlement le 12 juin, avec un chiffre en bandoulière : 4,5 milliards de livres pour la marche, le vélo et les déplacements en fauteuil roulant en Angleterre.


Quatre milliards et demi confiés aux collectivités

Sur le papier, cette enveloppe doit « permettre aux collectivités de toute l’Angleterre d’intégrer les mobilités actives à leurs réseaux de transport locaux, pour que tout le monde en profite », résume le rapport. Concrètement, l’État vise des réseaux cyclables continus et sûrs autour des écoles, et veut renforcer les moyens des collectivités : ingénierie, pilotage, capacité à transformer une intention en aménagement réel.

Le plan promet aussi de cartographier les itinéraires sûrs et de les afficher dans les applications de calcul d’itinéraire, avec une signalisation et un marquage au sol homogènes dans toute l’Angleterre, d’ici la fin de la période couverte (2025-2026 à 2029-2030).

Détail inhabituel, le rapport reconnaît que le ministère des Transports « peut parfois être lent à soutenir l’innovation des collectivités ». Un fonds dédié de 10 millions de livres, le Streets Innovation Fund, financera donc des expérimentations censées encourager les déplacements actifs et améliorer la sécurité routière. Une façon de tourner la page, aussi : le précédent gouvernement avait amputé le budget des mobilités actives de 200 millions de livres.

Heidi Alexander, secrétaire d’État aux Transports, et Lilian Greenwood, ministre des Transports locaux, signent l’avant-propos du rapport :

Notre objectif est qu’à la fin de cette période, nous ayons posé les bases d’une approche plus stratégique de l’investissement dans les mobilités actives : l’innovation soutenue et encouragée, de vrais progrès sur la marche, le fauteuil roulant et le vélo vers l’école, un réseau national cohérent pour cadrer les futures décisions, et des collectivités en capacité d’étendre ce réseau pour atteindre nos objectifs de 2035.

Heidi Alexander et Lilian Greenwood, avant-propos du rapport CWIS3

Doubler le vélo : l’objectif ne sera pas tenu

Le même rapport solde au passage le plan précédent, et le verre est clairement à moitié vide. En 2021, la stratégie CWIS2 affichait une cible nette : doubler le vélo, en passant de 0,8 milliard de « trajets » en 2013 à 1,6 milliard en 2025. Le rapport raisonne en étapes de déplacement — un trajet qui enchaîne plusieurs modes compte pour plusieurs étapes.

Le compte n’y est pas. En 2024, les résidents anglais totalisaient environ 1 milliard de trajets à vélo. Le rapport fait état d’une hausse de 15 % depuis 2013 : réelle, mais très loin du doublement visé. Il manquait encore 0,6 milliard de trajets pour approcher la cible de 1,6 milliard.


Les seniors pédalent, les jeunes adultes décrochent

C’est sans doute le passage le plus intrigant. Derrière la moyenne — une hausse de 6 % du nombre de trajets à vélo par personne entre 2013 et 2024 — se cachent des trajectoires opposées selon l’âge.

Le vélo progresse aux deux extrémités de la pyramide : chez les moins de 17 ans, et surtout chez les 40-69 ans. Les 60-69 ans signent même la plus forte hausse, +61 %. À l’autre bout, les 17-39 ans pédalent moins, le décrochage étant le plus marqué chez les 17-20 ans, en recul de 42 %.

Autre évolution notable, la pratique a nettement augmenté au sein des minorités ethniques (+57 % de trajets à vélo en moyenne entre 2013 et 2024), contre +8 % pour les personnes se déclarant blanches.


Un rendez-vous que la loi impose

Ce bilan n’a rien d’optionnel. Depuis l’Infrastructure Act de 2015, le secrétaire d’État aux Transports doit rendre compte au Parlement, à intervalles réguliers, des progrès réalisés sur la stratégie vélo et marche. Ce troisième rapport prolonge le deuxième, publié en juillet 2022, et clôt la période couverte par CWIS2 (avril 2021 à mars 2025).

Reste l’écart, désormais chiffré, entre l’ambition affichée et le terrain. Les 4,5 milliards de livres sont sur la table ; l’objectif de 2035 — 55 % des trajets courts à pied ou à vélo — le sera moins facilement. Le plan précédent, lui aussi, visait haut.