
EN BREF
Du 24 au 27 juin 2026, l’Eurobike revient à Francfort dans la tourmente. Bosch, numéro un mondial des moteurs de vélo électrique, et les deux principales fédérations allemandes (le ZIV et Zukunft Fahrrad) ont quitté le salon ; elles préparent un événement concurrent pour l’automne 2027. Shimano, un temps parti, revient mais en présence réduite. Résultat : une édition plus compacte, où le motoriste Avinox — ex-DJI — et sa nouvelle génération de moteurs occupent le devant de la scène. Plus qu’un catalogue de nouveautés, 2026 ressemble à une édition de survie.
Le coup est tombé fin octobre 2025. À un jour d’intervalle, les deux grandes fédérations allemandes du cycle, puis Bosch — premier fabricant mondial de moteurs de vélo électrique — ont annoncé qu’ils ne viendraient pas. Pour le plus grand salon du vélo de la planète, c’est un séisme. L’édition qui ouvre le 24 juin à Francfort s’annonce donc plus petite, plus incertaine, et lourde de menaces sur son avenir même.
Bosch et les fédérations claquent la porte
Les 30 et 31 octobre 2025, coup sur coup, le ZIV (la fédération de l’industrie du cycle) et Zukunft Fahrrad d’abord, Bosch eBike Systems ensuite, ont officialisé leur retrait de l’édition 2026. En cause : l’échec des négociations autour d’un plan de réforme en dix points, censé recentrer le salon sur les besoins de la filière. Claus Fleischer, PDG de Bosch eBike Systems et membre du conseil du ZIV, a justifié le départ en expliquant ne plus voir les « changements fondamentaux » nécessaires à un « avenir réussi » pour l’Eurobike.
Le fabricant de pneus Schwalbe a suivi. Ces défections s’ajoutent à des absences plus anciennes : Specialized, Scott ou SRAM ont déserté le salon depuis plusieurs années. Depuis son déménagement de Friedrichshafen à Francfort en 2022, l’Eurobike voit ses chiffres d’exposants et de visiteurs s’éroder. En décembre, la direction a même changé de main, Stefan Reisinger cédant la place à Philipp Ferger.

Un salon concurrent se prépare pour 2027
Le plus inquiétant pour Francfort n’est pas l’édition 2026, mais la suite. Les deux fédérations frondeuses travaillent à leur propre salon, d’envergure européenne, visé pour l’automne 2027 ; le ZIV et Zukunft Fahrrad doivent par ailleurs fusionner cette année-là. « Nous travaillons avec détermination à bâtir notre propre salon international de référence, à dimension européenne », a posé Burkhard Stork, directeur du ZIV.
Conscient du danger, l’Eurobike a lâché du lest. Il a renoncé à Mobifuture, son projet de salon parallèle dédié à la micromobilité, et promet une édition « plus compacte, plus ciblée ». Des discussions ont repris à Bruxelles, mais elles portent surtout sur 2027.
Les discussions à Bruxelles ont montré qu’il existe un intérêt commun pour un Eurobike fort et tourné vers l’avenir.
Philipp Ferger, directeur de l’Eurobike
Trois jours pour les pros, un samedi pour tous
Reste un salon, et un programme. Du mercredi au vendredi (24 au 26 juin), les journées sont réservées aux professionnels. Le samedi 27, l’Eurobike ouvre au public avec son festival, à 18 euros l’entrée (49 euros le billet famille), contre 72 euros la journée côté pro. Côté plan, le hall 11 regroupe la performance et le sport, le hall 12 le vélo du quotidien et le cargo, et le hall 8 les produits à la frontière du vélo et de l’écomobilité. Dehors, une piste d’essai, des zones de démonstration et le spectacle de trial Drop and Roll, avec Danny MacAskill, animent le week-end.

Avinox profite du vide, Shimano revient en retrait
L’absence de Bosch laisse un boulevard à un nom encore récent. Avinox est l’ancienne division moteur de DJI — le géant chinois du drone — que le groupe a détachée en société distincte pour échapper aux restrictions américaines visant les drones ; la technologie reste celle des équipes de DJI, et Amflow en est la marque de vélos maison. En avril, Avinox a présenté sa deuxième génération de moteurs. En puissance de pointe, le M2 culmine à 1 100 watts et 125 Nm de couple, le M2S à 1 500 watts et 150 Nm — la moitié de puissance en plus que le modèle précédent, pour un poids quasi identique (2,6 kg).
Le chiffre est spectaculaire, mais trompeur : ces moteurs restent homologués comme de simples VTT à assistance, avec une puissance nominale de 250 watts et une coupure à 25 km/h ; la pointe ne sert qu’aux relances. Le bond a tout de même relancé le débat sur un éventuel plafonnement de la puissance des vélos électriques. Reste qu’avec Bosch absent, Avinox tient la vedette : sa marque Amflow et Canyon comptent parmi les exposants confirmés, et les halls de VTT électrique s’annoncent comme le vrai centre de gravité du salon.
Sur la route, Shimano fait son retour après avoir lui aussi menacé de partir — mais en mode mineur, avec un simple espace d’essai en extérieur. « Shimano aura une présence essentielle et plus ciblée cette année », assure son directeur marketing Europe, David Greenfield. La grande inconnue reste son futur groupe Dura-Ace : la rumeur, alimentée par des brevets, lui prête une transmission entièrement sans fil et passée à treize vitesses pour contrer SRAM. Rien n’est officiel — et une éventuelle présentation est de toute façon attendue plutôt autour du Tour de France que sur le salon. SRAM, son grand rival, ne sera de toute manière pas là pour répondre.

Ce qu’il faut surveiller dans les allées
Avec moins de mastodontes, les marques plus discrètes gagnent en visibilité. Le vélo électrique continue de chercher la légèreté : assistance plus douce, batteries compactes, recharge simplifiée — l’an dernier, l’estonien Ampler avait marqué les esprits avec son Nova, premier vélo électrique du marché à se recharger sur un simple chargeur USB-C (140 watts), sans bloc propriétaire. Le motoriste Mahle, présent lui aussi, pousse ses systèmes légers.
Le gravel et la route progressent, dans le sillage du recentrage du salon sur son « cœur sportif ». Côté VTT, des idées encore expérimentales — fourches inversées héritées de la moto, voire roues de 32 pouces aperçues sur des prototypes de cross-country — cherchent à percer. L’organisation promet enfin une place accrue aux matériaux recyclés et à l’économie circulaire. Autant de pistes à confirmer une fois sur place.
Pour le visiteur, l’Eurobike 2026 se lira donc à deux niveaux : un salon encore riche en nouveautés, Avinox en tête, mais amputé de plusieurs de ses piliers. La vraie partie se jouera en 2027, quand l’événement historique et le salon rival des fédérations s’affronteront pour savoir qui, désormais, fait référence dans le vélo.