EN BREF
Le tribunal d’Amsterdam a déclaré Accell Group en faillite le mardi 11 août, une semaine après lui avoir accordé un sursis de paiement qu’il vient de révoquer. Six sociétés sont visées, dont Accell Nederland BV, qui porte les marques néerlandaises du groupe : Batavus, Sparta, Babboe et Koga. Les curateurs désignés par le tribunal expliquent que ces sociétés ne pouvaient plus couvrir leurs coûts et que l’usine hongroise, où la production avait récemment été centralisée, a cessé ses activités. Selon le syndicat FNV, 340 emplois sont concernés aux Pays-Bas. Les curateurs disent chercher à maintenir l’activité et étudier un redémarrage, y compris pour les entités étrangères.
Une semaine. C’est le temps qu’aura duré le sursis de paiement accordé à Accell Group. Le 5 août, le tribunal d’Amsterdam plaçait les entités néerlandaises du groupe sous protection ; le 11 août, il révoquait cette protection et prononçait la faillite. Une semaine aura suffi à faire basculer le dossier du sauvetage vers le tribunal.
Six sociétés, un jugement, une usine à l’arrêt
Le jugement vise six sociétés, dont Accell Nederland BV — celle qui abrite les marques néerlandaises du groupe. Les curateurs nommés par le tribunal ont indiqué que ces entreprises n’étaient plus en mesure de couvrir leurs coûts courants, et que l’usine hongroise, vers laquelle la production du groupe avait récemment été concentrée, avait elle aussi cessé de tourner.
Leur constat sur l’architecture du groupe est explicite. « Il existe une situation complexe au sein du groupe européen Accell, avec des sociétés dans différents pays qui dépendent les unes des autres, sur le plan opérationnel comme financier, dans certains domaines », écrivent-ils. Et d’ajouter qu’à leur connaissance, « des procédures d’insolvabilité locales sont en cours d’ouverture dans divers pays ».
C’est tout le problème d’un conglomérat bâti par acquisitions successives. Plusieurs marques du groupe — Ghost, Lapierre, Raleigh — sont opérationnellement basées hors des Pays-Bas et ont déjà engagé leurs propres procédures de restructuration en France, en Allemagne et au Royaume-Uni.
340 emplois néerlandais, 2 000 salariés dans le groupe
Le syndicat FNV avance le chiffre de 340 emplois concernés aux Pays-Bas et qualifie la nouvelle de « terrible ». « C’est dévastateur pour ces gens. Certains l’apprennent alors qu’ils sont en vacances. Ils ont continué à travailler pour Accell avec dévouement et fierté jusqu’au tout dernier moment », a déclaré Arend Hamstra, de FNV Metaal.
À l’échelle du groupe, Accell emploie actuellement environ 2 000 personnes dans 15 pays. Un effectif déjà rogné : le groupe avait fermé sa dernière usine néerlandaise, à Heerenveen, à l’été 2025.

De la bulle du Covid à la faillite d’Accell
La trajectoire est devenue tristement familière dans l’industrie du vélo. Accell, propriétaire de Lapierre et Raleigh, a basculé dans les difficultés financières après la pandémie, en se retrouvant avec de gros stocks de vélos invendus. La demande avait explosé, les chaînes d’approvisionnement mondiales n’avaient pas suivi, et quand la demande est retombée, les entrepôts étaient pleins.
S’y sont ajoutés d’autres revers, dont un rappel de grande ampleur des vélos cargo Babboe. Racheté en 2022 par un consortium d’investisseurs mené par l’américain KKR, le groupe a obtenu deux ans plus tard l’effacement d’une partie de sa dette auprès de ses actionnaires, banques et financiers. En février, Accell s’est entendu sur de nouvelles conditions avec ses créanciers pour tenter de sécuriser son avenir : KKR leur a alors remis les clés de l’entreprise. Le 8 juillet, l’autorité allemande de la concurrence autorisait le rachat du groupe par le singapourien Dutech ; l’opération n’a pas abouti, la demande de protection du 5 août ayant mis un terme, selon BikeBiz, à des mois de discussions de restructuration et à ce projet de reprise. Six mois plus tard, le tribunal a tranché.
Un redémarrage à l’étude, un repreneur irlandais dans la salle
Les curateurs disent enquêter sur la possibilité d’un redémarrage. Ils vont chercher à maintenir Accell en activité dans la période à venir, prendre contact avec les fournisseurs clés et explorer une reprise partielle d’Accell Pays-Bas. « Cela impliquera aussi d’examiner dans quelle mesure les entités d’Accell à l’étranger pourraient être incluses dans une vente ou un redémarrage éventuels », précisent-ils.
Un candidat s’était manifesté avant le jugement : Quanta Capital, société d’investissement irlandaise basée à Dublin, dirigée par Mel Sutcliffe — un ancien coureur passé par Raleigh Ireland, qui avait vendu sa société Eurotrek Raleigh Ireland à Accell il y a une dizaine d’années, selon RetailDetail. « Nous avons pris contact avec Accell et ses administrateurs pour formaliser notre intérêt à racheter le groupe. L’offre de Quanta réunira plusieurs investisseurs et une institution financière mondiale », déclarait-il à Bike Europe. Le passage d’une vente de sauvetage à une faillite gérée par le tribunal change la nature de l’opération ; ce que devient cette offre dans le nouveau cadre n’est pas connu à ce stade.
Et si vous avez un vélo Accell dans le garage ?
C’est la question que se posent les propriétaires de Batavus, Sparta, Koga, Babboe, Lapierre ou Raleigh. L’association de consommateurs néerlandaise conseille de s’adresser à son revendeur pour toute demande de garantie : ce sont les détaillants qui restent responsables de leur traitement, et ils peuvent organiser eux-mêmes les réparations si nécessaire. Ceux qui ont acheté directement auprès du fabricant deviennent en revanche de simples créanciers s’ils ont une demande de garantie, et il n’est pas certain qu’ils récupèrent quoi que ce soit : le fisc néerlandais et l’organisme de prestations UWV sont prioritaires.
Sur la partie électrique, selon Pieter van den Berg, directeur général du revendeur en ligne 12gobiking, les grands fournisseurs de systèmes de vélos électriques, Bosch et Shimano compris, se sont engagés à continuer d’honorer leurs garanties. Le même distributeur estime que de nombreuses pièces montées sur les vélos Accell devraient rester disponibles, car elles proviennent d’autres fabricants. Sur les pièces spécifiques à chaque marque, en revanche, ni les curateurs ni l’association de consommateurs ne s’étaient prononcés au moment du jugement.



