EN BREF
Decathlon devient actionnaire de Brompton : sa filiale d’investissement Decathlon PULSE acquiert 10 % du fabricant britannique de vélos pliants, tandis que le fonds chinois BA Capital en prend 5 %. L’opération, estimée à environ 18 millions de livres sterling (près de 21 millions d’euros), reste minoritaire : Brompton garde son indépendance, son usine de Londres et son identité. Concrètement, des « Brompton corners » vont ouvrir dans une sélection de magasins Decathlon. L’alliance arrive alors que le marché du vélo sort doucement de la crise qui a suivi la pandémie.
| Participation Decathlon PULSE | 10 % du capital |
| Participation BA Capital | 5 % du capital |
| Montant estimé de l’opération | environ 18 M£ (près de 21 M€) |
| Création de Brompton | 1975, par Andrew Ritchie |
| Production cumulée | plus de 1,2 million de vélos |
| Présence | 47 pays |
| Ventes (exercice clos mars 2025) | 78 530 vélos (−7,5 %) |
Decathlon n’achète pas Brompton, il en devient l’un des actionnaires. Via sa filiale d’investissement Decathlon PULSE, le distributeur français vient de prendre 10 % du capital du fabricant londonien de vélos pliants. Le fonds chinois BA Capital, basé à Shanghai, complète l’opération avec 5 %. Une participation minoritaire, présentée comme un soutien de long terme plutôt que comme une mainmise sur la marque.
Une prise de participation, pas une prise de contrôle
L’opération, réalisée par rachat de titres existants, est estimée à environ 18 millions de livres sterling, soit près de 21 millions d’euros. Brompton, créé en 1975 par Andrew Ritchie, fabrique toujours ses vélos dans son usine de Londres. La marque a produit plus de 1,2 million d’unités et vend ses modèles dans 47 pays, portée par son système de pliage en trois parties devenu emblématique de la mobilité urbaine compacte.
Decathlon insiste : il ne s’agit pas d’une prise de contrôle. Le groupe dit vouloir accompagner Brompton sur la durée tout en préservant son indépendance, son identité et son modèle opérationnel. L’arrivée de Decathlon PULSE permet surtout à plusieurs actionnaires historiques, au directeur général Will Butler-Adams et à certains salariés de céder une partie de leurs titres. Andrew Ritchie, lui, reste le principal actionnaire.
Will Butler-Adams rappelle que certains investisseurs accompagnent Brompton depuis près de cinquante ans. Beaucoup sont aujourd’hui âgés ou ont transmis leurs parts à leurs enfants ; cette ouverture du capital leur offre l’occasion de réaliser une partie de leur investissement après des décennies de fidélité.

Des « Brompton corners » dans les rayons Decathlon
La collaboration se traduira vite par l’installation de « Brompton corners », des espaces dédiés dans une sélection de magasins Decathlon. Pour la première fois, le distributeur proposera ainsi des vélos Brompton, et la marque britannique gagnera en visibilité auprès d’un public bien plus large. Decathlon élargit son offre vers le segment premium du pliant ; Brompton, lui, profite de la force de frappe commerciale du groupe à l’international.
Les deux partenaires avancent une même lecture du marché. Le développement des pistes cyclables, la densification des villes et la quête de transports plus sobres créent, selon eux, un contexte favorable au vélo. Le communiqué cite un marché de la micro-mobilité qui pourrait passer d’environ 175 milliards d’euros aujourd’hui à 360 milliards d’ici 2030. Decathlon PULSE veut soutenir l’accélération de Brompton sur des marchés stratégiques comme l’Allemagne et la Chine, devenue le premier débouché de la marque.
Côté Brompton, l’enjeu est aussi d’apprendre. « Nous sommes dans ce partenariat pour apprendre », explique Will Butler-Adams au Guardian, citant le savoir-faire de Decathlon en chaîne d’approvisionnement, en distribution et en technologies, et l’expertise de BA Capital sur le marché chinois. Ce fonds s’est fait connaître en investissant tôt dans Pop Mart, le fabricant des figurines Labubu, mais aussi dans la marque de vélos électriques Tenways.
Ce qui nous a convaincus va au-delà du produit : nous partageons les mêmes valeurs, une forte culture de la qualité et une vision de long terme de la mobilité urbaine durable.
Franck Vigo, directeur général de Decathlon PULSE
Pour Irwin Wouts, directeur général Sports Vélo, Mobilité et Glisse urbaine chez Decathlon, Brompton « complète naturellement l’offre de Decathlon » en répondant aux attentes des cyclistes urbains les plus exigeants.
Brompton investit malgré un marché encore convalescent
L’opération tombe au moment où le marché mondial du vélo sort lentement de sa crise. Après l’envolée des ventes pendant les confinements, le secteur a encaissé un fort ralentissement : retour au bureau, baisse du pouvoir d’achat et stocks pléthoriques chez les distributeurs. « Le pire est désormais passé », veut croire Will Butler-Adams, qui juge que « le vélo est de nouveau en pleine ascension ».
La marque continue d’investir dans ses propres technologies. Elle a déployé son moteur maison e-Motiq sur l’ensemble de sa gamme Brompton Electric, un axe de croissance majeur en Europe et en Amérique du Nord. Elle a aussi lancé le G Line, décliné en version électrique : un cadre entièrement redessiné et des roues de 20 pouces qui ouvrent la marque au gravel et aux usages tout-terrain.
Ces choix pèsent sur la rentabilité immédiate. Sur l’exercice clos en mars 2025, Brompton a vendu 78 530 vélos, en recul de 7,5 %. Son chiffre d’affaires a légèrement baissé de 1 %, à 121,5 millions de livres. Son bénéfice avant impôts, lui, est remonté à 130 476 livres, contre moins de 5 000 livres un an plus tôt, grâce à des mesures de réduction des coûts. L’entreprise a aussi réduit ses effectifs d’une cinquantaine de personnes, autour de 790 salariés, en partie à cause de la hausse des cotisations patronales et d’évolutions fiscales au Royaume-Uni.
Selon Will Butler-Adams, les ventes seraient reparties légèrement à la hausse sur l’exercice clos en mars 2026, même si les bénéfices restent contenus par les investissements consacrés à l’ouverture de magasins et au développement de nouveaux modèles. Le dirigeant en profite pour appeler le gouvernement britannique à mieux soutenir les entrepreneurs et à lutter contre les vélos électriques illégaux, souvent débridés et parfois à l’origine d’incendies de batteries, qui nuisent selon lui au marché des modèles de qualité.



