
EN BREF
Si vous étiez passé à côté, le décret n° 2024-1074 du 29 novembre 2024 interdit les feux de position arrière clignotants sur les vélos en France. Depuis lors, seul un feu fixe est autorisé à l’arrière — l’amende est de 11 euros. Le texte a été adopté sans concertation des associations cyclistes, déclenchant une pétition demandant son abrogation. Pendant ce temps, l’Allemagne a fait le chemin inverse : depuis juin 2024, les clignotants de direction (pour signaler un changement de voie) sont autorisés pour la première fois sur les vélos allemands.
Le gouvernement Barnier a signé le décret n° 2024-1074 le 29 novembre 2024. Un texte passé presque inaperçu, qui modifie pourtant une habitude répandue chez de nombreux cyclistes : utiliser un feu arrière rouge en mode clignotant pour être mieux vu. Désormais, c’est interdit.
Ce que dit le texte de loi
L’alinéa V de l’article R313-5 du code de la route est désormais sans ambiguïté.
« La nuit, ou le jour lorsque la visibilité est insuffisante, tout engin de déplacement personnel motorisé ou cycle doit être muni d’un feu de position arrière. Ce feu ne doit pas être clignotant et doit être nettement visible de l’arrière lorsque le véhicule est monté. »
Article R313-5 du code de la route, modifié par le décret n° 2024-1074 du 29 novembre 2024
Le décret apporte une précision bienvenue : il est désormais autorisé de porter un feu supplémentaire sur soi — sur un casque, par exemple — pour améliorer sa visibilité. Mais cette option reste conditionnée à la présence d’un feu fixe installé sur le vélo. Le port seul ne suffit pas.
La situation des feux avant est plus floue. L’article R313-25 du code de la route dispose que les feux « ne peuvent être à intensité variable, sauf ceux des indicateurs de direction ». Une rédaction qui semble viser le clignotement à l’avant également — mais sans la même clarté que pour les feux arrière. Ce flou juridique mériterait d’être tranché.

Une mesure adoptée sans concertation
Selon les acteurs du secteur, le décret aurait été pris sans consultation des associations de cyclistes du quotidien, ni des instances du cyclisme sportif. Ce reproche — non confirmé officiellement — a d’autant plus mal passé que les cyclistes concernés défendent un argument de sécurité solide.
Hors agglomération, sur route secondaire, par mauvaise visibilité, le feu arrière clignotant était plébiscité pour sa capacité à capter l’attention des automobilistes depuis une plus grande distance. Des recherches confirment que la luminosité apparente est plus marquée avec un signal intermittent qu’avec une lumière fixe — notamment à basse fréquence de clignotement, selon les travaux de Christophe Martinsons, spécialiste des effets de la modulation temporelle de la lumière. Martinsons nuance toutefois : ces résultats nécessiteraient des approfondissements dans le cas précis des feux rouges pour vélos.
Les partisans du décret avancent d’autres arguments : le clignotement rouge peut être confondu avec d’autres signaux routiers, il complique l’estimation des distances et peut éblouir les conducteurs dans l’obscurité. Des points qui font débat — mais que le législateur n’a visiblement pas soumis aux principaux intéressés.
Une pétition, et des fédérations muettes
Le 27 décembre 2024, Samuel Barone, membre de la communauté Grand Est Cyclisme, lance une pétition sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale, intitulée : « Feux vélo clignotants interdits : Cyclistes en danger, abrogeons ce décret ! »
« Priver les usagers du vélo de cet équipement salvateur revient à sacrifier leur sécurité sur l’autel d’une réglementation déconnectée des réalités du terrain. »
Samuel Barone, auteur de la pétition
Début janvier 2025, au moment des premiers articles sur le sujet, la pétition totalisait 6 300 signatures — loin des 100 000 nécessaires pour être étudiée par l’Assemblée. Mais son potentiel restait entier, à condition que les grandes fédérations cyclistes se mobilisent. Ce n’est pas encore le cas : les instances représentatives du cyclisme sont restées silencieuses, sans prendre de position publique pour ou contre le décret.
Certains cyclistes affirment ouvertement qu’ils continueront à utiliser leurs feux en mode clignotant hors agglomération, quitte à risquer l’amende de 11 euros. Un montant symbolique — suffisant pour relativiser la règle aux yeux de beaucoup.

L’Allemagne fait le chemin inverse
Le contraste avec le voisin allemand est saisissant. Le 19 juin 2024 — soit cinq mois avant le décret français — l’Allemagne modifie son code de la route pour autoriser pour la première fois les clignotants de direction sur les vélos. Ces dispositifs orangés, calqués sur ceux des voitures et des motos, permettent de signaler un changement de voie sans lever la main du guidon.
La nuance est importante : clignotants de direction et feux de position clignotants sont deux objets distincts. Les premiers signalent une intention de manœuvre ; les seconds cherchent à rendre le cycliste visible dans le flux de circulation. L’Allemagne autorise les uns, la France interdit les autres. Les deux pays répondent à des préoccupations de sécurité — mais les hiérarchisent différemment.
En France, la question des clignotants de direction sur les vélos reste dans un vide juridique. Le décret de novembre 2024 ne les mentionne pas. Leur statut n’est pas tranché.
Ce que ça change en pratique
La plupart des feux vendus aujourd’hui en France intègrent à la fois un mode fixe et un mode clignotant. La mise en conformité ne pose donc pas de problème matériel : un simple changement de réglage suffit. Le marché n’a pas encore évolué pour supprimer les modes clignotants — commercialement mis en avant comme argument de visibilité, ils restent présents sur la quasi-totalité des références.
Lionel Simonot, expert en éclairage et rédacteur spécialisé, formule une alternative : plutôt que d’interdire le clignotement, le législateur aurait pu fixer des performances photométriques minimales pour les feux — poussant les cyclistes vers des dispositifs plus efficaces, plutôt que vers des pratiques plus restrictives. Le débat reste ouvert. La pétition, elle, est toujours en ligne.