
EN BREF
La World Naked Bike Ride (WNBR) revient cet été dans plus de 70 villes réparties sur 20 pays. Toronto et Londres ouvrent le bal le 14 juin, Chicago et Amsterdam suivent le 11 juillet, Vancouver vise le début du mois. Née en 2001 à Saragosse pour protester contre la dépendance au pétrole, la manifestation mêle sécurité des cyclistes, acceptation de soi et écologie. Son principe — « bare as you dare », à découvert autant qu’on l’ose — fait du corps nu une métaphore de la vulnérabilité du cycliste dans le trafic.
Chaque été, le même tableau se rejoue dans des dizaines de centres-villes : des cyclistes traversent les avenues, le corps nu ou recouvert de peinture, sous les regards des passants. La World Naked Bike Ride — la WNBR, pour les habitués — repart en 2026 dans plus de 70 villes et 20 pays. Toronto et Londres lancent la saison le 14 juin, Chicago et Amsterdam enchaînent le 11 juillet, Vancouver vise le début du mois. Le mot d’ordre tient en quatre mots : bare as you dare, à découvert autant qu’on l’ose.
De Saragosse au reste du monde
Tout commence en 2001 à Saragosse, en Espagne. Des militants y organisent une première version de la balade pour dénoncer la dépendance au pétrole et la place de la voiture en ville. L’idée essaime vite. Dès 2004, Londres, San Francisco et Vancouver montent leurs propres éditions, à grande échelle. Vingt ans plus tard, la WNBR est un rendez-vous annuel en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et en Amérique latine.
Chaque ville y met sa couleur, mais le message reste partout le même : protéger les cyclistes, questionner le tout-voiture et repenser notre rapport au déplacement — et au corps. Dans beaucoup d’endroits, l’ambiance tient d’ailleurs davantage du carnaval que du cortège de protestation.
Le corps nu comme métaphore de la vulnérabilité
C’est l’idée qui structure tout l’événement. Un cycliste roule exposé, sans carrosserie ni habitacle, au milieu de véhicules bien plus lourds que lui. En retirant leurs vêtements, les participants donnent à voir cette exposition : le corps nu rend littérale la fragilité ressentie chaque jour sur des routes pensées d’abord pour les automobiles.
La nudité n’est pas une fin en soi. On peut rouler entièrement nu, à moitié habillé, ou simplement en short et peinture corporelle. Pour la plupart des participants, il s’agit moins d’exhibition que de prise de position, doublée d’un message d’acceptation de soi dans une culture saturée de canons esthétiques. Les organisateurs revendiquent une atmosphère sans jugement, ouverte à tous les âges et à toutes les morphologies. Beaucoup de novices en ressortent, disent-ils, avec un sentiment inattendu de liberté.

Entre manifestation, carnaval et happening
Sur le terrain, l’atmosphère tient autant de la fête que du défilé militant. Peinture corporelle, costumes, musique, vélos décorés : la WNBR a sa culture visuelle. Les art bikes, ces bicyclettes transformées à coups de fleurs, de drapeaux, de lumières et d’installations, en sont la signature — des sculptures roulantes autant que des pancartes. La peinture, elle, sert souvent de support à des slogans : pistes cyclables, action climatique, transports sans pétrole, acceptation des corps. Ajoutez quelques enceintes portatives, et des pâtés de maisons entiers se transforment en fête mobile.
À Vancouver, le rituel est rodé. Les participants se retrouvent à Sunset Beach, près de l’angle de Beach Avenue et de Bute Street, pour une séance collective de peinture corporelle, avant de s’élancer l’après-midi dans le centre-ville. La journée se termine par un pique-nique organisé par NIFTY, une association locale qui défend le droit à la nudité et aide à encadrer l’événement.
Une protestation contre la culture de la voiture, les marées noires et les oléoducs. Mais aussi une célébration de la créativité, de l’individualité et de la machine mue par la force humaine.
Les organisateurs de la World Naked Bike Ride à Vancouver
Permis, météo et consentement
Faire rouler des centaines de personnes dévêtues dans l’espace public ne va pas de soi. Les lois sur la nudité varient fortement d’un pays et d’une ville à l’autre : les organisateurs doivent composer avec les municipalités et la police pour obtenir des autorisations et clarifier les règles. Certaines villes accueillent la balade volontiers, d’autres la limitent ou tentent de l’interdire.
La météo pèse aussi : pluie, froid ou canicule peuvent vite faire basculer l’expérience. D’où les consignes de base — boire, mettre de la crème solaire, prévoir une serviette. Et ce conseil très terre-à-terre glissé par les organisateurs : si vous empruntez un vélo en libre-service, pensez à nettoyer la selle après coup. Côté respect, la photographie est encadrée : on demande aux spectateurs de solliciter l’accord des participants avant tout gros plan. Garantir un cadre sûr et consenti est devenu une priorité affichée des collectifs WNBR.
Les réactions, elles, vont de l’ovation au silence gêné — et c’est un peu le but recherché. En heurtant la norme, la WNBR force une conversation sur la rue, l’urbanisme et la place laissée à la voiture. Derrière la provocation, le propos est presque sobre : la rue est un espace public, fait pour les gens autant que pour les moteurs. Le même que défendent, en plus habillés, les partisans des pistes cyclables.