Vélos cargos électriques : le seul segment du vélo qui résiste à la crise


EN BREF

Le marché mondial des vélos cargos électriques a atteint 4,1 milliards de dollars en 2025 et devrait dépasser 8,9 milliards d’ici 2032. Porté par les zones à zéro émission qui se multiplient en Europe et par l’engagement massif des géants de la livraison, le cargo électrique s’impose comme un outil logistique incontournable — et non plus comme une alternative de niche.


Un marché qui double quand le reste hésite

Les chiffres de MarketsandMarkets publiés en juin 2025 posent le cadre : 4,1 milliards de dollars de marché mondial pour les vélos cargos électriques, avec une croissance annuelle de 11,8 % jusqu’en 2032. L’Europe en capte 40 %, portée par l’Allemagne et les Pays-Bas.

Le contraste avec le reste du secteur vélo est saisissant. Pendant que les ventes globales de vélos électriques plafonnent en Europe depuis 2024, le segment cargo continue sa progression. Cycling Industries Europe comptabilisait déjà 115 000 cargos vendus sur l’exercice 2022-2023 parmi ses membres, dans un marché cycliste global en recul. Le cargo résiste là où le reste hésite.

Amazon, DHL, PostNL : la logistique a tranché

La preuve la plus nette vient des opérateurs qui ont le plus à perdre à se tromper. En juin 2025, Amazon a franchi les 100 millions de livraisons réalisées en Europe par vélos électriques et autres modes de micromobilité. La société gère désormais plus de 70 hubs dans 50 villes européennes — dont 12 villes allemandes où des cargos assurent les derniers kilomètres. 25 nouveaux hubs sont prévus d’ici fin 2026.

DHL a structuré son hub de Rotterdam autour d’un modèle de livraison entièrement neutre en carbone. PostNL, le service postal néerlandais, livre en zéro émission dans 27 centres-villes — soit presque le double des 14 villes où la réglementation l’impose. Ce sur-conformisme n’est pas du volontarisme : c’est un calcul économique.

Un cargo électrique coûte entre 4 000 et 8 000 euros à l’achat, contre plus de 35 000 euros pour un utilitaire électrique. Le coût annuel d’exploitation tourne entre 1 600 et 2 800 euros selon les marchés européens — contre 15 000 à 23 000 euros pour un fourgon. Pas de permis spécifique, pas de charges de congestion, accès aux zones piétonnes. La logistique ne fait pas de sentiment.

Les zones à zéro émission, accélérateur brutal

Depuis le 1er janvier 2025, 18 villes néerlandaises — Amsterdam, Rotterdam, Utrecht, Eindhoven, Groningue et treize autres — ont mis en place des zones à zéro émission pour le fret. L’impact a été immédiat.

78 % des fourgonnettes neuves immatriculées aux Pays-Bas au premier semestre 2025 étaient électriques. En Europe, la moyenne est de 9 %.

Clean Cities Campaign, octobre 2025

Le mécanisme est simple : ces zones ne cherchent pas à convaincre — elles rendent le thermique illégal sous peine de perdre l’accès à son territoire de livraison. Le cargo électrique devient alors la voie de mise en conformité la moins coûteuse. 15 municipalités néerlandaises supplémentaires préparent des zones similaires. Le réseau C40 étend le modèle à l’échelle mondiale : 35 villes se sont engagées, en majorité en Europe.

Paris avance sur le même chemin avec sa ZFE-m, qui cible un arrêt complet des combustions en 2030. Londres a étendu son ULEZ à tous ses arrondissements. Milan, Barcelone, Stockholm convergent vers des restrictions similaires.

En France, une politique contrastée

Le tableau français est moins lisible. En février 2025, le gouvernement a mis fin au bonus vélo individuel au niveau national. L’Île-de-France maintient une aide allant jusqu’à 1 200 euros pour les vélos adaptés, et les subventions aux flottes professionnelles restent accessibles via des dispositifs régionaux et européens.

Sur l’infrastructure, la capitale progresse : 250 millions d’euros engagés dans le Plan Vélo 2021-2026. Les trajets à vélo à Paris ont plus que triplé depuis 2019. La Belgique voisine donne un étalon concret : 5,2 millions de colis livrés par cargo bike en 2024, soit une hausse de 70 % en un an selon le baromètre de la Belgian Cycle Logistics Federation. Le secteur emploie désormais 6 200 personnes dans le pays.

Le vélo cargo électrique n’est plus en train de chercher sa place en ville. Il est en train de la prendre.